Mali : syndicats et patronat s’engagent pour le travail décent dans la filière mangue

À Bamako, syndicats, patronat et partenaires se sont formés, puis ont validé un plan d’action pour le travail décent.

Les 29 et 30 septembre 2026, CNV Internationaal, le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) et PUM ont réuni les actrices et acteurs de la filière pour une formation au dialogue social. Le 1er octobre, un Forum national rassemblant 45 participant·es a validé un plan d’action pour améliorer les conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur.

La mangue, une filière stratégique pour le Mali

Avec une production annuelle potentielle estimée à environ 575 000 tonnes, la mangue est l’un des piliers de l’économie malienne. Elle génère chaque année entre 25 000 et 30 000 emplois directs et indirects, en grande majorité saisonniers. Ses fruits partent principalement vers le Maroc, mais aussi vers plusieurs pays européens, dont la France, les Pays-Bas et l’Espagne.

Des régions de Sikasso et de Koulikoro jusqu’au district de Bamako, elle fait vivre une longue chaîne d’actrices et d’acteurs : pépiniéristes, producteurs, pisteurs, cueilleurs, transporteurs, transformateurs qui sèchent les fruits ou en font des jus, commerçants et exportateurs. Parmi les travailleuses et travailleurs saisonniers, les femmes et les jeunes sont fortement représenté·es.

Ces dernières années, des investissements importants ont soutenu la filière. Le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle au Mali (PACAM), financé par la Banque mondiale, a porté les volumes de mangues transformées à 18 635 tonnes, contre 6 000 au départ, et réhabilité 300 kilomètres de routes rurales. La coopération néerlandaise est également un bailleur important de la filière. Mais qu’en est-il des conditions de travail tout au long de la chaîne de valeur, et où en sont les mécanismes qui garantissent l’accès au travail décent ?

Photo de famille lors de l'atelier
Photo de famille prise pendant la période du forum et de la formation.

Le dialogue social, levier du travail décent

L’étude sectorielle conduite à la demande du CNPM, avec l’appui de CNV Internationaal et de PUM, et restituée en décembre 2025, dresse un constat central : dans les entreprises et coopératives de la filière, le dialogue social reste rudimentaire et l’organisation du travail fortement informelle. Dans les vergers comme dans les stations de conditionnement, de nombreuses travailleuses et de nombreux travailleurs sont exposé·es à des risques sanitaires et physiques.

L’étude souligne aussi la place des femmes. Elles sont au cœur du tri, du conditionnement et de la transformation artisanale, mais restent cantonnées à des emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés, et sont peu représentées dans les instances de décision.

Lors de l’atelier de validation, des délégué·es d’entreprises et de coopératives ont eux-mêmes demandé à être formés au dialogue social, afin d’être mieux outillés pour la négociation, plus que jamais nécessaire dans ce contexte. La formation de septembre répond à cette demande. Elle s’inscrit dans le Programme de cofinancement syndical 2026-2027, que CNV Internationaal met en œuvre au Mali avec la CSTM et l’UNTM, ainsi qu’avec son allié stratégique, le CNPM.

Transformation de la mangue fraiche en mangue séchée/ Photo illustrative

Deux jours pour apprendre à dialoguer

Les 29 et 30 septembre, 34 participant·es, dont 13 femmes, se sont réuni·es à Bamako. Autour de la table : des membres de directions et de services RH d’entreprises, des managers de proximité, des délégué·es du personnel, des responsables de coopératives, ainsi que des représentant·es de l’interprofession mangue, du CNPM et des deux centrales syndicales.

Le programme couvrait le concept du dialogue social, son cadre juridique et institutionnel au Mali et le rôle des instances représentatives du personnel. Les participant·es ont aussi travaillé sur la prévention et la résolution des conflits.

Études de cas, jeux de rôles et travaux de groupe ont rythmé les sessions, menées en français et en bambara pour que chacune et chacun puisse prendre la parole sans complexe.

« Durant cet atelier, j’ai pu comprendre les problèmes que nous rencontrons souvent dans nos entreprises, les solutions adéquates à chacun d’eux et surtout l’importance du dialogue social au sein de nos structures »

Témoigne une personne participante dans sa fiche d’évaluation.
Photo d'une jeune participante pendant le forum

« Cet atelier était très riche en apprentissages. J’ai renforcé mes connaissances sur le dialogue social. Je demande qu’on multiplie ce genre d’ateliers, et je veillerai à faire usage de ce que j’ai appris »

S’engage une autre.

Par ailleurs, plusieurs participant·es ont souhaité que ce type de session soit prolongé, multiplié et étendu au milieu rural, afin d’« informer et former la base ».

Un plan d’action conçu et validé par toutes les parties

Le 1er octobre, le Forum national sur le dialogue social et le travail décent dans la filière mangue a élargi le cercle : aux participant·es de la formation se sont joints des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile et des structures étatiques concernées, soit 45 participant·es au total. Syndicats, patronat, interprofession et partenaires ont confronté leurs points de vue sur la base des résultats de l’étude et des travaux de la formation, puis validé un plan d’action national de renforcement du dialogue social dans la filière.

Ce plan s’articule autour de trois priorités :

  • Structurer la représentation des travailleuses et travailleurs, en mettant en place ou en redynamisant des délégué·es du personnel dans les entreprises et les coopératives, travailleuses et travailleurs saisonniers compris.
  • Doter chaque maillon de la filière de cadres de dialogue social et, au niveau de l’interprofession, institutionnaliser un dialogue social porté par l’interprofession, le CNPM et les syndicats, assorti d’un outil de suivi partagé.
  • Accompagner les structures dans la durée, grâce à l’autodiagnostic du dialogue social et à un appui à chaque plan d’amélioration, avec une attention particulière aux femmes et aux jeunes.

L’événement a fait l’objet d’un reportage diffusé par Info Flash Mali.

Paricipants

Du dialogue social au devoir de vigilance

Cette démarche prend un relief particulier pour une filière tournée vers l’export. En Europe, la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) impose aux très grandes entreprises d’identifier et de prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement dans leurs chaînes de valeur. Révisée par la directive Omnibus I adoptée le 24 février 2026, elle s’appliquera à partir du 26 juillet 2029 aux entreprises européennes de plus de 5 000 salarié·es réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, ainsi qu’aux entreprises non européennes dépassant ce seuil dans l’Union.

Pour savoir dans quelles conditions une mangue arrive sur un marché européen, il faut comprendre ce qui se passe tout au long de sa chaîne de valeur. Or, les personnes qui connaissent le mieux les réalités du travail sont celles qui les vivent au quotidien.

Le dialogue social permet justement de faire remonter cette connaissance du terrain. Portée par leurs organisations représentatives, la parole des travailleuses et travailleurs aide à identifier les difficultés et à construire des réponses avec les employeurs et les institutions. C’est en cela que le dialogue social est un pilier de la conduite responsable des entreprises.

Une filière durable se construit avec celles et ceux qui la font vivre

La formation et le Forum constituent les deux temps d’un même processus : renforcer la capacité des actrices et acteurs à dialoguer, puis créer l’espace où ce dialogue débouche sur des décisions. Le plan d’action validé le 1er octobre ouvre désormais la phase de mise en œuvre. Car si l’exportation de la mangue a une valeur économique évidente, la filière vit avant tout grâce au travail d’une succession de femmes et d’hommes, du verger jusqu’au marché.

À mesure que les exigences de durabilité se renforcent dans les chaînes de valeur, une question mérite d’être au cœur du débat : quelle place voulons-nous donner aux travailleuses et travailleurs dans la construction d’une filière mangue à la fois compétitive, responsable et porteuse de travail décent au Mali ?